REPORTAGE

« Donner de son temps dans une société en faillite de communication », tel est l’objectif de l’association SOS Amitié, présidée par Elisabeth Monge.

Phénomène de société, les moyens de communication se développe à l’infini et, paradoxalement, l’individu est plus que jamais confronté à la solitude. Créée il y a plus de 47 ans, SOS Amitié est une association reconnue d’utilité publique au titre de la prévention du suicide. Elle offre, à tous ceux qui choisissent d’appeler, la possibilité de mettre des mots sur leur souffrance et, ainsi, de prendre le recul nécessaire pour retrouver le goût de vivre.
Sur l’antenne paloise, ce sont plus de 13.200 appels par an. Les mots et les silences disent le mal de la séparation, de la déchirure ou de la solitude, la douleur physique ou morale, ou encore le mal-être avec parfois, cette envie lancinante de mettre fin à ces souffrances par le suicide. La parole libérée, reçue et respectée par un autre entièrement disponible, peut conduire à un apaisement, à une demande plus claire et plus cohérente où réapparaissent confiance et espoir si nécessaires pour vivre.
Elisabeth Monge insiste sur l’importance de l’écoute. Complètement empathique ; elle nécessite une entière disponibilité pour capter le mouvement intérieur de l’autre, pour s’y ajuster et pour l’accompagner. Elle est anonyme, apolitique, aconfessionnelle ; respectueuse de la personne qui appelle et dénuée de tout jugement. Ainsi, l’écoutant doit se former à cette écoute non directive. Il fait l’apprentissage de l’effacement de soi devant l’autre et l’acceptation de l’éventuelle frustration venant de ce qu’il n’est pas maître de la
situation. L’écoutant aide l’appelant à se prendre en charge sans lui imposer ses idées ou ses solutions. Cette écoute est active. Par son écoute attentive et accueillante, l’écoutant offre un espace dans lequel l’appelant peut mettre des mots sur sa situation, les entendre et exister.

Recherche écoutants

L’écoutant est un homme ou une femme avec toutes ses qualités humaines, y compris ses limites. Sur Pau, ce sont plus de 35 bénévoles au sein de SOS Amitié qui donnent chaque jour de leur temps. « Aujourd’hui, nous manquons cruellement d’écoutants », avoue Elisabeth Monge. L’expérience a montré depuis longtemps que le fonctionnement 24h/24 d’un service d’écoute nécessite la présence alternée d’une quarantaine d’écoutants.
L’écoute demande un réel investissement personnel, en temps et en implication : « Chaque bénévole a le droit de faire une pause dans son action: le travail d’écoutant est bien souvent lourd. C’est pourquoi il n’est pas rare qu’un bénévole s’arrête ponctuellement et revienne plus tard », explique la présidente. De plus, l‘écoute est un art qui implique un savoir, un savoir-faire, mais surtout un savoir être. Se former est une nécessité fondamentale pour chaque écoutant. Avant d’entrer dans l’équipe, le bénévole suit une formation initiale. Ainsi, on sensibilise le candidat à la spécificité de l’écoute SOS Amitié. On l’amène à entreprendre une démarche personnelle de questionnement et travailler sa capacité à repérer ses émotions, à se remettre en cause. « Les bénévoles avouent souvent avoir un regard plus réaliste de la société et ont en commun le désir de devenir meilleur dans la vie de tous les jours, mais aussi dans leur activité d’écoutant », constate Elisabeth Monge. Tout au long de leur vie de bénévole au sein de l’association, la formation continue permet d’apporter à chacun des informations sur les problèmes évoqués par les appelants, incluant une réflexion plus large sur les maux de la société. Un suivi avec des psychologues favorise une démarche d’évolution personnelle. Par ailleurs, l’anonymat s’applique aussi pour le bénévole qui doit se protéger. C’est pour cette raison que ni le nom des bénévoles, ni l’adresse des locaux de l’association ne sont communiqués. D’ailleurs, les recrutements se font aussi dans un lieu neutre. Si Elisabeth Monge nous parle aujourd’hui, à visage découvert, c’est parce qu’en tant que Présidente de l’association, elle est la seule à ne pas répondre aux appels.
Depuis toujours investie dans le monde associatif, notamment au sein du Comité Exécutive Woman, à Paris, elle menait jusqu’à il y a quelques années, de front son activité de formatrice à la Chambre de Commerce pour les plus grandes maisons de luxe. Voulant se rapprocher des Pyrénées qu’elle affectionne particulièrement, elle brave les difficultés actuelles en matière d’immobilier et ouvre son agence à Pau. C’est alors qu’une amie de longue date lui demande de réintégrer le monde associatif en prenant la tête de l’antenne paloise de SOS Amitié. Toujours à l’écoute de son prochain, c’est avec un profond sentiment dévoué qu’elle dirige l’association
depuis plus d’un an et demi.

Reportage paru dans le Journal L’Hebdo Plus en septembre 2008